Le Polar au cinéma

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Ce  mois-ci, Evene a réalisé 3 interviews autour du thème « Le Polar au Cinéma ».  Bertrand Tavernier, William Friedkin et Claude Chabrol se sont prêtés au jeu de l’interview… (propos recueillis par Caroline Vié pour Evene.fr – Avril 2009)

Interview de Bertrand Tavernier:

Réalisateur respecté et accompli, Bertrand Tavernier n’en apprécie pas moins les récompenses : c’est tout ému qu’il a reçu le Grand prix du Festival du film policier de Beaune pour ‘Dans la brume électrique’. L’occasion de revenir avec lui sur ce genre cinématographique majeur.


Connaissiez-vous James Lee Burke avant de vous lancer dans l’adaptation de son roman ?

Je connaissais son travail depuis plus de dix ans et j’étais fasciné par l’atmosphère qui se dégage de ses livres comme par ses personnages. Ces deux éléments me touchaient presque davantage que les histoires qu’il raconte. C’est pour cela que je n’ai pas hésité à m’approprier son récit. Avec son accord, j’ai choisi de transposer l’intrigue dans la Louisiane d’aujourd’hui parce qu’il me semblait impossible de ne pas parler de l’influence de l’ouragan Katrina sur cette région.

Dans quelle mesure James Lee Burke vous a-t-il soutenu ?

Sans son aide, je n’aurais jamais osé m’attaquer à son travail. Il m’a aidé pour le scénario, mais aussi en venant sur le tournage et en me montrant des coins de Louisiane que je ne connaissais pas. Il m’a fait découvrir des endroits dont je ne soupçonnais pas l’existence avec une générosité extraordinaire. Burke appréciait notamment l’idée que le méchant de son livre soit devenu un mafieux qui détourne les fonds pour la reconstruction de la Nouvelle-Orléans. Il m’avait mis à l’aise dès notre première rencontre. Il avait dû sentir à quel point j’étais transporté par son oeuvre qui faisait presque partie de moi. C’est pour cela qu’il m’a accordé sa confiance…


Ce qui n’était pas le cas de tout le monde…

On peut dire ça comme ça. Très vite, j’ai eu des soucis avec le monteur américain qui s’est empressé de décider que je ne connaissais rien à mon métier et que j’étais incapable de réaliser un film compréhensible pour les Américains. Il voulait me concéder quelques notions de mise en scène en ce qui concerne le cinéma européen, mais ça s’arrêtait là. Je m’ennuyais à mourir en sa compagnie et il n’arrêtait pas de me demander de me « couvrir », à savoir de tourner les plans sous plusieurs angles de façon à avoir un plus grand choix au montage. Il refusait d’admettre que je savais ce que je faisais.

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Interview de William Friedkin:

C’est avec une grande modestie que William Friedkin a accepté l’hommage que lui a rendu le Festival du film policier de Beaune. A 72 ans, le réalisateur de ‘L’Exorciste’ et de ‘French Connection’ est toujours un dévoreur de films. Il n’a rien perdu de son amour pour le polar, une passion qu’il semblait ravi de partager.

Quels sentiments vous inspire cet hommage rendu par le Festival de Beaune ?

Je suis heureux de retrouver Lionel Chouchan qui a donné un coup de pouce à ma carrière en passant ‘Police fédérale Los Angeles’ à Cognac. (1) Je suis également ravi que le prix me soit remis par Claude Lelouch que j’admire énormément. Je revois inlassablement ses films. ‘Un homme et une femme’, ‘Vivre pour vivre’ et ‘La Bonne Année’ sont mes favoris et j’ai aussi adoré ‘Roman de gare’. C’est pour cela que je relativise. Je suis un homme qui fait des films. J’estime ne pas mériter de médailles. Il y a tant de grands cinéastes. Ne serait-ce qu’à Beaune, j’ai croisé Lelouch et Chabrol ! Je ne sais pas si les Français savent à quel point leurs films ont été importants pour les cinéastes de ma génération. Ils nous ont encouragés à considérer notre travail de façon intuitive, et cette influence continue à se faire sentir.

En quoi la Nouvelle Vague a-t-elle compté pour vous ?

Si la paternité de l’invention du cinéma peut se discuter, il n’y a aucun doute possible concernant ceux qui l’ont réinventé dans les années 1960. Les cinéastes de la Nouvelle Vague française comme Truffaut, Godard et Resnais ont tout changé. Et je ne parle même pas de Jean-Pierre Melville ! Je suis un fan du ‘Doulos’ et ‘Le Samouraï’ est un polar si simple et si exquis que je ne peux me lasser de le revoir. Même s’ils m’ont beaucoup apporté, je n’ai jamais réalisé de film qui ressemble à ceux-là. Je peux dire que j’ai volé des idées à tous ces cinéastes mais le résultat que j’ai obtenu est très différent du leur, car je suis très différent d’eux. Nous n’avons eu ni les mêmes avantages, ni les mêmes inconvénients et pourtant leurs films m’ont marqué de façon indélébile.
Ce sont eux qui vous ont donné envie d’être réalisateur ?

Non, le grand choc est venu de ‘Citizen Kane’ d’Orson Welles ! En sortant de la salle, je savais que c’était ce que je voulais faire ! Ce film réunit le meilleur de toutes les disciplines cinématographiques : mise en scène, photographie, scénario, jeu d’acteurs et décors. C’est une oeuvre incroyablement riche dans tous les domaines. Si j’avais eu le moindre don pour la musique, je pense que la ‘Cinquième Symphonie’ de Beethoven aurait pu me donner envie d’être compositeur. ‘Citizen Kane’ m’a poussé vers le cinéma.

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Interview de Claude Chabrol :

Claude Chabrol fait partie de l’espèce des cinéastes cinéphiles. Cet amoureux d’Hitchcock, auquel il a consacré un ouvrage coécrit avec Eric Rohmer, est un fin gourmet lorsqu’il s’agit de cinéma. Le polar, l’un de ses genres de prédilection, lui a inspiré de nombreux classiques : du « Boucher » au récent ‘Bellamy », en passant par « Ls noces rouges », « Les Fantômes du chapelier », « LA fleur du mal » ou encore « La Fille coupée en deux ». Autant de fleurons d’une filmographie pléthorique. L’humour parfois féroce du réalisateur comme son érudition pointue rendent sa fréquentation délectable, ce qui ne l’empêche pas d’avoir la dent dure pour certains de ses confrères.

Que vous inspire cette présidence du Festival de Beaune ?

J’étais Président d’honneur à vie de Cognac, mais le festival est mort avant moi. Poursuivre ma carrière présidentielle à Beaune me plaît d’autant plus que j’adore le Bourgogne et le cinéma policier. Heureusement que j’ai un truc infaillible pour canaliser le jury afin d’écourter les délibérations. Avec moi, les choses se déroulent à la vitesse « grand V ». Tout est terminé en une demi-heure. Je ne peux évidemment pas confier mon astuce à la presse de peur que mes jurés ne le découvrent. En revanche, je la donnerai peut-être à Isabelle Huppert avant qu’elle parte à Cannes. Je ne dévoile mon secret qu’aux comédiennes qui ont tourné plus de six fois avec moi et nous avons fait sept films ensemble…

Vous laisserez-vous soudoyer si on vous donne de bonnes bouteilles ?

Il est impossible de me soudoyer parce que je le suis déjà, par amitié ! Je suis très ami avec Bertrand Tavernier… Cela dit, je suis honnête : si je trouve quelque chose de meilleur que ce que je pense devoir être bon, je n’hésiterai pas à changer mon fusil d’épaule et à expliquer pourquoi mais, a priori, j’ai tendance à avantager les copains. Je compte sur les autres pour me ramener sur les chemins de la morale. Je souhaite de tout coeur que le film de Bertrand soit le meilleur (Bertrand Tavernier recevra finalement le Grand prix pour « Dans la Brume électrique’, ndlr).

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