Rencontre post avant première de About A Son avec AJ Schnack (réalisateur) et Michael Azerrad (co-producteur)

Pourquoi avez-vous réalisé ce film ?

AJ Schnarck : Mon neveu avait 12 ans et s’est mit à écouter Nirvana. Il n’avait que l’image fausse de Kurt suite à tout le battage qu’il y a eu autour de sa mort. Ma perception était tellement différente : je souhaitais que mon neveu le voit en être humain, qui il est en dehors du mythe. L’idée était vraiment que Kurt soit perçu en être humain comme un autre. On l’entend et on pourrait s’y identifier jusqu’à la projection à la fin de quelques photos de lui et là on réalise vraiment qui il était : comme tout le monde. Je voulais également que l’on oublie le fait qu’il soit mort, au moins le temps du film.

Etes vous un fan de Nirvana ou avez-vous suivi un effet de mode ? (Question à AJ Schnack)

A.S. : Je suis fan du mouvement et bien sur j’ai beaucoup écouté Nirvana. J’ai également lu les articles de Michael pour le magasine Rolling Stone ainsi que son livre Come As You Are : The Story of Nirvana. Nous avions la même vision de Kurt. Le temps de bien faire les choses, nous y voilà.

Comment avez-vous eu l’idée de collaborer ?

Michael Azerrad : Tout est parti d’une rencontre. J’étais très intéressé par l’idée de AJ, sa perception et son attitude par rapport à Kurt. Le mythe qu’il est devenu s’est accentué après sa mort. Nous voulions recadrer ça. De plus j’étais très intéressé par son rapport à l’image.

Il n’y a aucun morceau de Nirvana dans le film. Pourquoi ?

Les deux : Il était impossible de trouver les morceaux qui collaient avec le moment, avec ce que Kurt raconte. Il était plus intéressant de puiser dans ses influences. On entend un morceau de Nirvana à la fin avec les images de Kurt et même pour celle-ci ça n’a pas été facile. Mais ça a été un grand moment d’écouter cette grande pile de CD qui l’ont influencés et trouver LE morceau qui collait. Nous avons utilisé un métronome sur les interviews pour savoir le rythme de parole de Kurt et mettre la bonne musique. Et ainsi on suit vraiment l’évolution de Kurt à travers le punk, l’indie, etc. Je trouve que le morceau qui marque le plus est l’instrumental de REM qui passe en même temps que l’on voit des dessins de Kurt. Je pense que c’est la musique vers laquelle il aurait fini par tendre s’il y avait eu une suite…

Votre film peut paraître frustrant car en plus de ne pas entendre de morceau de Nirvana, on ne voit pas Kurt Cobain. Qu’en pensez vous ?

A.S. : Nous l’avons projeté il y a un mois à Moscou et nous n’avons eu aucun écho d’une quelconque frustration car ils n’avaient aucune attente. Ils ne connaissent que peu de « rockumentaire ». Alors que nous, nous avons une certaine éducation du « rockumentaire ». Nous attendons quelque chose ce qui limite nos perspectives à une fiction mais à un documentaire, à une expérimentation. Notre but était de montrer quelqu’un de familier, Kurt Cobain, mais d’une nouvelle façon, avec un nouveau regard. Nous avons donc voulu également donner une nouvelle forme au « rockumentaire ». Dans ce cas, la frustration est bonne !

Quelle est la relation entre les images et les sons ?

A.S. : Toutes les images sont des reflets de ce que raconte Kurt. Ce sont les lieus où il est passé, où il a vécu…Par exemple, la piscine que l’on voit au début est la piscine où Kurt avait été maître nageur. Ils sont tous en relation avec la vie de Kurt. L’idée est de faire ressentir que l’esprit de Kurt est encore là. Quand il parle de son travail de ramoneur, on voit que quelqu’un d’autre effectue la tâche aujourd’hui. La vie continue sans lui, par son choix.

Aviez vous beaucoup d’enregistrements ?

M.A. : Kurt et moi nous nous sommes rencontrés 9 fois. Nous avions donc 9 sessions d’interview à décortiquer ce qui représente plus de 25 heures d’enregistrements.

Comment cela se fait il que personne ne vous ai réclamer ces enregistrement avant ? (Question à Michael Azerrad)

M.A. : Je n’ai fais aucune publicité de ces enregistrements. Personne ne me les a demandé car personne n’y a pensé, personne ne savait leur existence. Une fois, MTV m’avait proposé quelque chose qui ne correspondait pas à mes attentes, j’ai donc refusé. Je ne les avais jamais ré écouté jusqu’à ma collaboration avec AJ. Ça s’est fait très naturellement, et quand je les ai à nouveau entendu j’ai eu la sensation de retrouver un ami et je me suis mieux souvenu de ce que j’aimais en Kurt. C’était très agréable.

Comment avez vous rencontrez Kurt et quelle a été votre relation ? (Question à Michael Azerrad)

M.A. : C’était à l’occasion d’un article que je devais écrire pour le magasine Rolling Stones. C’était au début de l’année 1992. J’étais très nerveux car il était déjà une idole et j’avais l’image de lui que tout le monde avait : le drogué qui saute dans tous les sens, je ne savais pas s’il allai arrivé défoncé, s’il allait être violent ou s’il allait partir en plein milieu. Il s’avère que Kurt aussi était très nerveux, il pensait comme moi. J’ai essayé de lier son enfant avec les paroles de ses chansons et sa musique. Ça lui a beaucoup plu. Dès qu’il a commencé à parler j’ai réalisé qu’il était comme tout les gens qui m’ont toujours entouré et comme moi, je me suis dis « hey ! mais je connais ce type ! ». Il n’était pas le personnage auquel je m’attendais, il était une personne gentille et très intelligente. Ce qui le rend fort c’est la manière dont il exprime sa vie à travers sa musique. Il pensait de manière très claire et construite et réussissant à rendre tout ça très poétique.

Il y eu une connexion personnelle forte pendant l’interview. Kurt avait le culte de la rock star et nous avions beaucoup de points communs comme la musique, l’esprit de famille, ou encore notre taille (rires), ça a créé une compréhension commune, une alchimie. Ainsi il m’a confié la rédaction de la biographie de Nirvana. Nos entretiens duraient de minuit à l’aube. Certains se passaient dans des hôtels mais pour la plupart nous étions assis dans sa cuisine. D’ailleurs, l’image que l’on voit durant les premières paroles de Kurt dans le film est la vue que nous avions durant nos entretiens. En fait, il s’agissait plus d’une conversation entre deux amis que d’une interview en bon et due forme. Pour moi, faire une bonne interview est un art.

Avez-vous vu le film Last Days de Gus Van Sant, qui illustre les derniers jours de Kurt Cobain ? Qu’en pensez vous ?

A.S. : Gus Van Sant est un grand artiste. Pour moi, Last Days est indissociable de ses deux précédents, ils forment une trilogie qu’il vient conclure. Dans Gerry, on ne connaît ni les personnage ni la situation. Dans Elephant, on connaît la situation mais pas les personnages. Enfin dans Last Days, on connaît la situation et le personnage. Ça a été un pilote pour moi, comme une palette d’inspiration. Sauf que dans son film, le personnage de Blake est renfermé et baragouine, ce qui est très différent de Kurt qui était quelqu’un d’intelligent et plein d’espoir.

Courtney Love (veuve de Kurt et leader du groupe Hole) a-t-elle vu le film ?

Les deux : Elle en a une copie depuis longtemps. Nous ne savons pas si elle l’a regardé.

A.S. : J’imagine que ça soit être dur pour elle. Mais nous avons eu beaucoup de retours de l’entourage de l’ex couple, nous disant qu’ils sont heureux de voir que c’est lui-même qui parle de lui.

Propos recueillis pas Sophie G.

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