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INTERVIEW DE BILL PLYMPTON

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LesFilms.org : Qu’est ce qui a motivé chez vous le choix d’une telle simplicité pour Des Idiots et des Anges ?

Bill Plympton : Tout a commencé avec Hair High, mon premier gros film (2005). Pour ce métrage, il y avait les voix de célèbres acteurs, beaucoup d’argent mis en jeu et tout était travaillé différemment (couleurs et décors pour ne citer que ça)… Ce fut un film très coûteux. Suite à cela, je n’avais plus l’envie de créer un projet commercial, j’ai voulu faire un film pour moi, simple, un film personnel sur l’âme. L’argent dont j’ai eu besoin ne représentait qu’un quart de ce qu’a nécessité Hair High : j’ai essayé de faire le maximum de choses par moi même. Les dessins, par exemple, ont tous été réalisés à la main, scannés sur ordinateur et enfin légèrement coloriés. C’est en partie pour cela que je trouve que Des Idiots et des Anges est un film très personnel, voire même intime et je pense qu’il aura plus de succès qu’ Hair High grâce à cela. J’ai vu comment se sont passées les projections, les gens étaient enthousiastes. En Roumanie, certaines personnes se sont même battues afin de pouvoir entrer dans la salle pour le voir ! Ce film est réellement une nouvelle expérience pour moi. Il m’a fallu trois ans pour faire ce film : un an pour l’écrire, un an pour le dessiner, et un an pour la post production. Il fut terminé en février 2008 pour le Festival d’Annecy. Il m’arrivait de travailler comme un forcené mais j’aimais ça, il n’y avait que moi et mon dessin. Une fois fini, c’était planant, comme avec des drogues.

LesFilms.org : Pensez-vous que cette simplicité pourrait apporter plus de succès à ce film plutôt qu’au précédent qui était beaucoup moins simple ?

Bill Plympton : L’histoire elle-même est très simple, elle repose sur le choix d’une personne à devenir bonne ou mauvaise. Je pense que les gens peuvent s’accaparer cette histoire car c’est une idée universelle. Ce n’est pas une nouvelle idée bien sûr et beaucoup d’histoires ont été écrites autour de ce thème. Mais la technique ainsi que les personnages que je propose me permettent de dire que mon film est spécial.

LesFilms.org : Les dialogues sont complètement absents du film, est-ce pour laisser plus de place à l’imagination ?

Bill Plympton : C’est une histoire racontée uniquement de manière visuelle. J’ai eu quelques problèmes avec des dialogues : en effet les doublages et les sous titres coûtent très cher et cela ne facilite pas la distribution, cela complique également l’animation car il faut constamment dessiner les bouches en fonction des syllabes ce qui est très difficile. En fait, j’aime raconter une histoire visuellement, c’est plus poétique, plus profond, et les sentiments paraissent plus réels. C’est quelque chose que j’appliquais à mes courts-métrages et j’y suis habitué. C’était comme un challenge avec moi même de faire un long métrage sans dialogue, et ça a marché, les gens n’y font même pas attention, ils ne le remarquent pas ! La musique prend en quelque sorte le rôle des dialogues en racontant une histoire.

LesFilms.org : Justement, pouvez-vous m’en dire plus sur la musique ?

Bill Plympton : On retrouve Pink Martini, Nicole Reynaud dont je suis un grand fan et que l’on retrouve dans la bande annonce, ou encore Tom Waits qui a participé grâce à un ami que nous avons en commun et qui lui a envoyé une copie du film. J’ai trouvé que sa musique était très appropriée à un bar sombre, un peu miteux et sale où il y a de la fumée partout, ça collait très bien au film et il a été d’accord. Il devait y avoir Moby, il voulait que j’utilise gratuitement un morceau puis son éditeur a dit que nous devions payer 10 000 dollars, et là j’ai dis non !

LesFilms.org : L’univers de votre film est très sombre. Quelles ont été vos inspirations ?

Bill Plympton : Au final, je trouve que ce film a une dimension beaucoup plus européenne qu’américaine. On retrouve mes inspirations, du Surréalisme, de Jacques Tati ou encore de l’Europe de l’Est. La femme dans le film est française, une femme très romantique qui veut danser, elle est en quelque sorte une survivante de toute cette folie. En revanche, Bart, le mari, est américain. Il veut être riche en vendant de la bière et il se fout du reste. Il enchaîne ses ailes dans le but de les diriger, il souhaite tout contrôler, même la beauté. Il a épousé cette femme car du coup elle travaille gratuitement ! Ma réelle inspiration pour ce film date de l’époque où j’étais jeune, j’étais dans un lycée de l’Oregon durant les années 50. En face de la boutique où j’avais un petit job, il y avait un bar très sombre où la lumière perçait des fenêtres et de la porte à travers une fumée imposante car tout le monde fumait et les clients étaient tout le temps saouls. Je me suis dis que c’était parfait pour un film, je m’en suis donc beaucoup inspiré pour le mur plein de bouteilles par exemple. C’est ce souvenir qui a été mon inspiration.

LesFilms.org : Dans le film nous pouvons clairement deviner qui sont les idiots et qui sont les anges. Le personnage principal est un homme qui veut à tout prix s’arracher les ailes, cela ne le rend-il pas idiot ?

Bill Plympton : Oui complètement. Il est en crise avec son âme, et avec le sens de la vie. Les ailes pointent une direction qui pourrait changer sa vie mais il ne veut pas en entendre parler. Nous aimons être grossiers, méchants, et maléfiques. Les ailes sont insistantes, elles ne veulent pas abandonner, on a beau les couper elles reviennent. Finalement il doit confronter son mauvais côté, son idiotie, et prendre une décision qui concerne son futur. Je pense que c’est le sujet du film : nous avons tous des ailes invisibles dans le dos et nous devons les chercher et les découvrir pour, une fois découvertes, les agrandir, les soigner et c’est ainsi que l’on devient une personne adulte. J’ai pensé à ça : c’est un peu comme mes animations. J’ai toujours fait des films pour des personnages violents et d’humeur folle et maintenant je commence à être mature et adulte par rapport à ça, faire des histoires qui sont plus sophistiquées, plus sérieuses, plus intelligentes. Ou peut être pas ! En tout cas je crée mes films pour une audience plus mature et je le vois durant les projections. J’ai des femmes de 70 ans qui viennent me dire qu’elles aiment ce que je fais, et c’est bien la première fois.

LesFilms.org : Vous étiez au Festival d’Annecy où vous avez pu voir de nombreuses nouveautés. Que pensez-vous de la nouvelle génération d’animateurs ?

Bill Plympton : Ils sont très brillants, spécialement en France. Les écoles qui développent ces études sont maintenant très sophistiquées, les étudiants sont très passionnés et leurs compétences, surtout en matière d’informatique, sont impressionnantes. D’une certaine manière c’est assez intimidant. J’aime aller au Festival d’Annecy pour rencontrer les gens, j’y vais depuis 1985. Je vois une différence depuis car les travaux d’étudiants sont des réalisations de plus en plus impressionnantes. Je me suis formé en tant qu’illustrateur de magazines, de posters ou de caricatures, je dessine tout le temps alors que maintenant il y a l’ordinateur. On perd une forme d’authenticité mais c’est normal car de plus en plus de personnes aiment l’animation. Je trouve ça très amusant d’aller au Festival d’Annecy : quand je me promène de mon hôtel au Festival, des gens viennent me voir et m’appellent, c’est un peu comme mon Festival de Cannes.

Des idiots et des anges au cinéma Mercredi 14 Janvier 2009

Propos recueillis par Sophie