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Entretien avec Kim Massee, le 31 octobre 2008

Portrait Kim Massee

Portrait Kim Massee

Interview de Kim Massee, le 31 octobre 2008

A l’occasion du film Cowboy Angels, ce fut l’occasion pour nous de rencontrer la réalisatrice Kim Massee dont il s’agit ici du premier long métrage.

LesFilms.org : Le film Cowboy Angels a été réalisé en 2005. Il a participé à de nombreux festivals pour enfin sortir le 29 octobre 2008. Est-ce que vous voyez votre film de la même manière ou votre regard a évolué ?
Kim Massee : On va toujours plus vite que ses projets. Déjà il y a l’écriture puis le tournage. On a passé une année de festivals pour arriver en salle. J’ai participé à toutes les étapes, c’est peut être pour ça que ça été particulièrement long. Tout va très vite, on pense déjà à faire le prochain film quand on termine le premier. Effectivement quand je l’ai visionné à l’avant première, je l’ai vu avec un regard totalement neuf de quelqu’un qui va laisser ce petit oiseau voler de ses propres ailes, puisque j’avais fini ma partie. C’était très émouvant ; c’était comme une naissance, quelque chose de magique. Je ne l’avais pas vu dans sa totalité depuis près d’un an. Mon fils, Diego Mestanza, qui joue un des deux rôle principaux, a fêté ses 12 ans sur le tournage, il en a 15 maintenant. Quand on fait le projet on a le nez dedans, on n’a pas le recul que l’on peut avoir par la suite. J’ai eu du plaisir à le voir comme le film d’une autre, je le visionnais comme tout le monde dans la salle. Je suis contente de ce film.

LesFilms.org : Vous parlez des road movies comme d’une transformation des personnages. Est ce que ça a un rapport direct avec votre fils qui joue le rôle de Kevin/Pablo dans le film ? Le film a t il influencé votre fils et réciproquement ?
Kim Massee : Oui, mon fils, comme les autres acteurs, a influencé le scénario car j’ai écris mon film pour eux, avec eux en tête. De même pour le chef opérateur : je ne l’aurais pas fait avec quelqu’un d’autre puisqu’il est devenu mes yeux. Il y avait une confiance absolue. Chaque acteur a amené beaucoup aux personnages, ne serait ce qu’au niveau de leurs vécus. En ce qui concerne mon fils, il a amené la sensibilité que seul un enfant peut avoir. Il a aimé l’expérience du film, il a goûté à quelque chose de fort car on a tous été partie prenante de ce film, on a porté le projet, ça nous tenait à cœur. Il a vécu une expérience excitante car on demandait à chacun de donner son maximum, ce qui lui a donné envie de continuer. Tout est une histoire de confiance. Un acteur qui est en confiance avec son réalisateur peut donner des choses magnifiques.

LesFilms.org : Justement le lien qui existe entre un réalisateur et un acteur n’est pas le même qu’entre une mère et son fils. Est ce que travailler avec votre fils a généré plus de facilités ou de freins ? Etant donné qu’il n’y a pas forcement la même gène entre un réalisateur et un acteur qu’entre une mère et son fils.
Kim Massee : Pour lui au début, comme il jouait un petit garçon de la rue ce qu’il n’est pas dans la vie, il faisait attention ne serait-ce que pour dire des gros mots. Je suis responsable de son éducation, il a des limites que Pablo n’a pas. Le premier jour, le Thierry Levaret l’a pris à part et lui a dit « là tu joue, tu t’occupes plus de ta mère, tu es le personnage » et il l’a aidé. Diego a très vite compris et j’ai suivi. Mais je suis la même avec tous les acteurs en général, ils ne sont pas mes enfants mais je suis très protectrice. Ils sont dans un espace où ils peuvent faire ce qu’ils veulent, à partir du moment où ils suivent la partition du scénario ils sont très libres. Ils savent que je vais les guider, s’ils vont un peu trop loin je vais les ramener. Je veille. Ils font ce qu’ils ont à faire, ils ont ma confiance absolue.

LesFilms.org : La fin du film n’est pas un happy end sans pour autant qu’on y trouve une quelconque mélancolie ou tristesse. Est ce l’effet recherché ?
Kim Massee : C’était très recherché. J’y tenais beaucoup. Le film aurait pu s’arrêter avant, à un moment un peu idyllique ou rêvé mais ce n’est pas la réalité. Je voulais qu’ils retournent chacun à leur réalité qui est inévitable. Mais en même temps il y a de l’espoir car il y a eu cette rencontre, cet échange, cet amour, quelque chose de fort qu’ils vont pouvoir emmener avec eux. La scène de fin était filmée d’une voiture à l’autre et on avait une heure de rushes de Pablo derrière sa fenêtre. J’ai épluché ces rushes parce que c’était important de trouver l’endroit où il n’était pas justement mélancolique. Je ne voulais pas d’une fin dramatique. L’idée est qu’il reparte dans sa vie mais avec son cadeau. Il a son cœur dans la main, on le lui a rendu. Il est changé.

Je crois beaucoup en la force, ce que les gens peuvent nous donner, l’espoir est là pour moi.

LesFilms.org : Justement quand vous dites qu’il a trouvé ce qu’il cherchait, ne serait ce pas LE père ?
Kim Massee : Oui Louis est le père qui l’a ému. C’est un modèle, il a besoin de quelqu’un qui le respecte et qu’il va respecter, il a besoin d’avoir quelqu’un pour lui qui compte, se construire par rapport à quelqu’un comme un guide. C’est un garçon qui marche à l’instinct, il prend les choses au vol. Ça l’a sauvé car à travers les yeux de l’autre il est devenu quelqu’un, en effet il est impossible de traverser la vie seul. Il va chercher cette personne et la trouve. Et ça marche dans les deux sens. Louis avait enfouis ce qu’il était, ses sentiments, et l’enfant a été la clé. Il a des responsabilités envers l’enfant donc il faut qu’il devienne quelqu’un. Pour moi ce sont des valeurs très importantes. Au début chacun est dans son registre, enfermé dans son monde, et il y a un moment où la brèche commence et la communication est ouverte, puis peu à peu ça va au delà de la communication. Mais ça se mérite.

LesFilms.org : Maintenant quels sont vos projets ?
Kim Massee : Je compte continuer à réaliser des films, c’est là où je me sens le mieux. J’ai deux projets de films que je ne veux pas produire. Car le temps pris par la production est du temps pris à la réalisation. C’est du temps que je n’avais pas pour réfléchir encore à mon projet. Par rapport à la création pure, si on est en train de penser à combien coûte une scène, on n’écrit pas de la même manière et du coup on n’a pas la liberté qu’on voudrait, car ce ne sont pas des histoires de logistiques qui sont importantes quand on raconte une histoire. Ce sont deux casquettes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. Mais je continuerai à en produire d’autres. Nous aimerions tous faire une suite de Cowboy Angels.

Propos recueillis par Sophie