Edison, Les Lumière, le Cinématographe et les premières projections publiques

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Extraits reproduits avec l’aimable autorisation de First Editions

www.efirst.com

L’Histoire du cinéma pour les Nuls par Vincent Mirabel
©Editions First, 2008. Publié en accord avec Wiley Publishing, Inc.
Isbn 978-2-7540-0609-5


Qui va inventer le premier appareil de visionnage du mouvement ? Les frères Lumière ? Non ! En 1891, notre tandem tricolore n’est pas encore entré dans la course. Un autre tandem d’inventeurs américains va le devancer largement… Thomas Edison « l’homme au mille brevets » et son brillant assistant d’origine écossaise William Dickson forment une équipe de choc. Les deux parviennent à concevoir un appareil à enregistrer les images : le kinétographe (1889). Deux années supplémentaires seront nécessaires pour que Dickson et Edison mettent au point un « projecteur » qu’ils vont appeler kinétoscope (Aout 1891).

En cette fin de XIXè siècle (…), deux jeunes scientifiques lyonnais se sont lancés ensemble dans l’étude de nouveaux procédés photographiques. Un choix particulièrement judicieux, au moment où s’ouvre le vaste marché de la photographie amateur. A l’occasion d’un déplacement à Paris en 1894, Antoine Lumière découvre la dernière invention de Thomas Edison : le kinétoscope, une sorte de grosse visionneuse individuelle montrant de brefs films. Le père Lumière sent immédiatement qu’il y a là quelque chose d’intéressant sur le plan industriel. De retour à Lyon, il incite ces deux fils à travailler dans ce sens, en soulignant les gros bénéfices qu’ils pourraient en tirer tous ensemble.

A 34 et 32 ans, penchés sur leur atelier installé dans l’usine de leur père, Auguste et Louis Lumière cherchent un moyen plus souple d’enregistrer une série de photographies successives, afin de les projeter en grand sur un écran. (…) Louis revoit sa mère penchée au-dessus de sa machine à coudre, guidant du tissu vers la pointe effilée qui pique et repique inlassablement. Soudain une idée lui traverse l’esprit. Pourquoi ne pas utiliser pour son propre appareil ce mécanisme alternatif en forme de pied-de-biche qui fonctionne déjà sur la machine à coudre maternelle ? Appliquée cette fois à une double griffe, le mécanisme pourrait lui permettre de pénétrer dans les perforations rondes de la pellicule, de faire avancer celle-ci, puis de se retirer, de remonter à vide en position de départ et de recommencer. (…) Louis vient de concevoir le principe technique du cinématographe.

Moins de trois mois plus tard, les Lumière sont prêts à déposer ensemble leur précieux brevet. Ils décident d’appeler leur invention : Cinématographe. Un excellent choix qui fera du chemin.

Premières projections privées, premières projections publiques concurrentes

Après six projections privées, organisées entre le 22 Mars et le 16 Novembre 1895 à l’intention d’industriels du milieu scientifique, Auguste et Louis Lumière ont vite fait de tirer trois conclusions : Premièrement, leur procédé marche. Grâce à son effet sur la persistance rétinienne, chacun croit au mouvement. Deuxièmement, leur procédé plaît. Chacun dans l’assistance a apprécié ce spectacle vivant. Troisièmement, aucun scientifique n’est disposé à l’acheter ! En effet bien qu’ayant reçu de nombreux signes d’encouragements, les Lumière n’ont enregistré aucune commande ferme. (…) Auguste et son père Antoine songent alors à amortir le coût de développement de leur invention, en la montrant cette fois, directement au grand public. Ce choix va s’avérer décisif.

La première présentation du Cinématographe au grand public va se dérouler à Paris, en plein quartier de l’Opéra, boulevard des Capucines, le samedi 28 Décembre 1895.

Quelques chroniqueurs de la presse scientifique et directeurs de théâtre – parmi lesquels un certain Georges Meliès – ont été conviés à cette séance. (…) Au programme, une dizaine de « vues » très courtes (à l’époque on ne disait pas encore « films ») : Sortie d’usine, Leçon de voltige à cheval, Pêche aux poissons rouges, Débarquement de congressistes, Forgerons au travail, Le Jardinier et le Petit Espiègle (qui sera bientôt rebaptisé L’arroseur Arrosé), Déjeuner de bébé, Saut à la couverture, Place des Cordeliers à Lyon et Baignade en mer. Et la fameuse Arrivée d’un train en gare de La Ciotat, direz-vous ? Et bien, contrairement à la légende, celle-ci n’y figure pas encore. Elle ne tardera pas à être ajoutée au programme, quinze jours plus tard. Mais qu’importent le programme exact et le nombre précis de spectateurs (les historiens hésitent entre 33 et 35), l’important est que tous ceux qui étaient présents repartent enthousiasmés, sous le charme de l’étonnant spectacle auquel ils viennent d’assister. Quelques jours plus tard, ce sera la ruée. (…) Moyennant 1 franc (soit environ 6 euros actuels) chacun va pouvoir découvrir dix « vues animées » de 30 à 50 secondes chacune. Sept minutes de projection au total sur une séance d’une vingtaine de minutes environ.

Une loco…motive toute une salle !

Tandis que les spectateurs oscillent encore entre fascination et admiration, un train s’approche de la gare de La Ciotat. Grossissant à l’écran, la locomotive noire se dirige vers les spectateurs. Inquiets, la plupart d’entre eux amorcent instinctivement un mouvement de recul. Face à la machine qui continue d’avancer, beaucoup se lèvent de leurs sièges, prêts à bondir pour éviter le choc ! Les plus méfiants, craignant d’être écrasés, s’écartent en hurlant, dans un fracas de chaises renversées ! Quelques secondes plus tard, rassurés de voir le train à quai et des voyageurs descendre des wagons, ils consentiront à regagner leurs chaises. Un grand courant d’enthousiasme parcourt alors toute la salle. Cette fois-ci encore, les ciné-spectateurs auront découvert deux choses : d’une part la capacité technique du cinéma à reproduire le mouvement de la vie, mais aussi et surtout sa capacité artistique à faire croire à la réalité. Autrement dit, son pouvoir d’illusion.

Les projections se poursuivront durant cinq ans ! A l’issue de cette exploitation, leur bénéfice d’exploitation cinéma atteindra la somme faramineuse de 3 millions de francs de l’époque soit 18 millions d’euros actuels ! A peine né, le cinéma est déjà source de revenus importants. Bientôt sous l’impulsion de Charles Pathé et Léon Gaumont, il va devenir une véritable industrie.

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